DrépaConseils Vols et drépanocytose

Je viens par cet article partager avec vous mes retours d’expériences au sujet de mes vols  en tant que drépanocytaire. En effet, le métier  que j’exerce (un job que j’adore d’ailleurs) me demande de très souvent effectuer des voyages par avion. A ce sujet, je partagerai avec vous mon point de vue sur les métiers conseillés ou pas aux personnes atteintes de drépanocytose.

Ma petite histoire sur l’un de mes vols les plus longs

1- Le Départ

Le 02 Janvier 2015, j’effectuais l’un de mes plus longs vols. Ville de départ Abidjan (Côte d’Ivoire) pour une destination finale Toronto (Canada) avec deux escales : le premier à Addis-Abeba (Ethiopie) et le second à Rome (Italie). La veille, c’est-à-dire le jour de l’an, plus, le jour de mon anniversaire (sacré veinard je suis rires) est toujours une journée très active pour moi et surtout épuisante.

Le lendemain je prenais mon vol, épuisé mais surtout excité comme à mes habitudes, tout se passe bien à part une petite mine. Je me sens bien dans mon corps. J’embarque, et je m’endors très rapidement. Durant mon sommeil, je ressens les petits picotements (que nous avons appris à reconnaître avec le temps) dans les articulations de mes genoux, dans mon coude droit qui annoncent les crises vaso-occlusives (CVO).

Ces douleurs me sortent de mon sommeil, je fonce donc prendre mes anti-inflammatoires plus mon vaso-dilatateur. A ma grande surprise, je les ai oubliés dans ma valise en soute (mince je suis coincé). J’avais appris à rapidement traiter les CVO pour ne pas avoir très mal. Je supporte donc la douleur jusqu’à Addis-Abeba, soit environ 06H de vol plus tard.

Trajet Abidjan vers Addis-Abeba

2- L’escale à Addis-Abeba (Ethiopie)

Lorsque nous arrivons en Ethiopie, la douleur est devenue plus intense, et j’ai toujours pas droit à ma valise car je suis en transit. Je cours  chercher l’infirmerie de l’aéroport, pour juste avoir des calmants (j’étais preneur de tout pourvu que les douleurs se calment juste un peu). En effet, la climatisation durant le trajet n’avait rien arrangé.

Après plusieurs minutes de recherche, je finis par trouver l’infirmerie de l’aéroport d’Addis-Abeba. Une jeune infirmière très sympathique était prête à me venir en aide. Heureux j’étais, jusqu’au moment où je me rends compte qu’elle ne comprend pas un mot du français (mince j’étais fait).

Je ne perds pas espoir. Je me débat dans mon petit niveau d’anglais appris durant ma formation, pour lui expliquer la maladie, et les médicaments dont j’avais besoin ( J’étais encore doublement déçu et frustré). Je me rends vite compte que je n’arrivais pas à lui expliquer la maladie, ni lui dire exactement ce dont j’avais besoin en anglais et encore moins les molécules des médicaments vu que les noms étaient différents par pays.

Après plusieurs minutes j’abandonnais, je lui disais juste que j’avais besoin de calmant et que j’avais très très mal aux genoux et au coude. Elle sourit et me remit des comprimés que je m’empresse d’avaler sans prendre la peine de regarder. Quelques minutes plus tard, les douleurs diminuèrent légèrement (ouf quel soulagement). Je me repose dans l’attente de mon prochain vol.

Trajet Addis-Abeba vers Rome

3- Tout se complique durant le dernier trajet

J’embarque pour mon dernier vol à destination de Toronto avec une petite escale à Rome. Durant le vol tout se passe bien jusqu’à ce que je ressente un petit malaise, puis des vertiges et par la suite je me mets à vomir ( de tous mes vols je n’avais jamais ressenti une telle sensation aussi désagréable).

Je fais plusieurs aller retour entre les toilettes et mon siège, je vomis sans cesse. Je suis pris de vertige et le comble, les douleurs reviennent de plus belles. J’interpelle le personnel de cabine de mon état qui s’empire. J’essaie encore une fois d’expliquer mon état et ce que j’ai pris durant mon escale à Addis-Abeba. Encore une fois le personnel de bord ne comprend que l’anglais, et de surcroît nous sommes en période de restriction sur les vols à destination de l’Afrique de l’ouest due au virus Ebola.

Et pas de chance, pour le personnel je présente les signes de cette maladie et donc je dois être débarqué à Rome (j’allais juste gâcher mon voyage pour une incompréhension?). Je me fais rapidement une image de la situation, isolation des malades d’Ebola, c’était la catastrophe.

L’avion atterrit à Rome, une ambulance est en route pour me débarquer.  Jusqu’au moment où le personnel de bord lance un appel à savoir si dans l’avion nous avions des médecins et surtout qui sont bilingues (mince je me sens dans un film ou quoi?).

La chance va tourner à mon avantage (enfin!). Plusieurs personnes se présentent dont un médecin bilingue qui a entendu parler de la maladie. Je m’empresse de lui expliquer en français ( c’est dans ces moments là que j’adore cette langue), à son tour traduit rapidement aux personnels de bord qu’il ne s’agit pas du virus Ebola mais de la drépanocytose, et que probablement je faisais une allergie aux médicaments que j’avais pris à Addis-Abeba durant mon escale. Je lui explique les médicaments que je prends. Ouf!, le monsieur les connait pratiquement tous (super, mon Dieu ne m’avait pas lâché, d’ailleurs Il ne l’avait jamais fait rires), il demande la trousse d’urgence et m’administre une petite injection, puis me donne des comprimés.

Quelques minutes plus tard, je me sens à nouveau mieux, je m’endors rapidement, je ne suis plus débarqué et le vol repart en destination de Toronto. Je me réveille quelques heures plus tard et tout le personnel de bord est à mes petits soins (c’était génial, je me sentais en classe affaire bien qu’en étant en classe économique). Nous arrivons par la suite sans incident à Toronto. Je ne cesserai de remercier mon bienfaiteur.

Trajet Rome vers Toronto

Qu’est ce que je retiens de mon expérience?

Un drépanocytaire doit bien préparer ses vols, depuis mon expérience j’ai décidé d’appliquer les points suivants :

  1. Bien me reposer avant tous mes vols (autant que faire se peut rire car pas évident),
  2. Prendre toujours mes médicaments avec moi en cabine, plus jamais en soute, (ceci devient une priorité)
  3. Savoir expliquer la drépanocytose en anglais ( important de le faire pour mieux me faire comprendre)
  4. Connaitre les molécules des médicaments et savoir les présenter en anglais, 
  5. Boire suffisamment durant les vols, en effet, la forte climatisation déshydrate et de plus le personnel de bord ne donne que de tout petits verres d’eau. Je n’hésite pas à demander une bouteille entière pour boire à ma guise;
  6. Je reste le plus possible au chaud durant le vol, car la longue climatisation peut déclencher des crises vaso-occlusives
  7. Je marche dans les allées pour faciliter la circulation sanguine au niveau de mes pieds. En effet, rester longtemps assis et les genoux pliés peuvent créer des CVO.
  8. Enfin, si cela dépend de moi, je porte mes choix sur des sièges où je peux facilement détendre mes pieds.

A la suite de ces nouvelles disciplines, j’arrive à gérer beaucoup plus facilement mes différents voyages, les longs comme les courts vols.

 

N’hésitez pas à partager vos expériences et vos astuces, en commentaire, c’est pour moi un véritable plaisir d’enrichir cet article.

Prenez soin de vous, car la drépanocytose n’est pas une fatalité, vous pouvez vivre vos passions et vos rêves.

Donald ABAKA.

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